Guide SII · Symptômes

Quand on a l'impression que plus rien ne passe

Joshua Delamare · Diététicien-nutritionniste, formé par Monash · 7 min de lecture

Au début, quelques aliments posaient problème. Puis la liste s'est allongée, et celle des aliments sûrs s'est réduite. Aujourd'hui vous mangez presque toujours la même chose, et même ça ne passe pas toujours. Cette impression que plus rien ne passe est extrêmement fréquente, et elle a deux explications précises. Aucune des deux ne conduit à restreindre davantage.

Ce que vous vivez, concrètement

Le mécanisme est toujours le même. Un repas déclenche des symptômes, on cherche le coupable, on retire l'aliment le plus suspect. Quelques semaines plus tard, des symptômes reviennent malgré tout, alors on retire encore. De mois en mois, l'alimentation se réduit.

Au bout du compte, beaucoup de personnes en arrivent à trois ou quatre plats en rotation, une inquiétude à chaque repas, et cette phrase que j'entends souvent : « même le riz me gonfle ».

Ce qui est éprouvant, ce n'est pas seulement l'inconfort. C'est de constater que plus on fait d'efforts, moins ça marche.

Première raison : l'effet cumulatif

C'est le point le plus important, et celui qui explique presque toujours l'impression que tout déclenche.

Les FODMAP ne se comportent pas comme un allergène. Il n'y a pas un aliment interdit qui provoquerait une réaction à lui seul. Ils s'additionnent, à l'échelle d'un repas et à l'échelle de la journée. Chaque personne a un seuil au-delà duquel la fermentation produit assez de gaz pour déclencher des symptômes.

Concrètement : trois aliments parfaitement tolérés séparément peuvent, dans le même repas, dépasser votre seuil. Vous accusez alors le dernier aliment mangé, ou celui qui vous semblait le plus suspect, alors que c'est la somme qui a compté. C'est ce qui explique qu'un aliment « passe » un jour et pas un autre, et c'est ce qui rend la recherche du coupable unique perdue d'avance.

À retenir : chercher LE mauvais aliment est la fausse piste la plus répandue. La bonne question n'est pas « quel aliment est en cause » mais « quelle quantité totale, sur ce repas et cette journée ».

Deuxième raison : la sensibilité au volume

Elle explique les cas qui semblent défier toute logique, comme réagir au riz ou à une portion de légumes réputée sûre.

Dans le syndrome de l'intestin irritable, la paroi intestinale transmet un signal de douleur pour des niveaux de distension qu'un autre intestin ne signalerait même pas. Cette hypersensibilité viscérale ne fait pas le tri entre les causes de la distension : un simple volume alimentaire suffit.

Autrement dit, une partie de ce que vous ressentez ne vient pas de la composition du repas mais de sa taille. Un aliment sans le moindre FODMAP, mangé en grande quantité ou trop vite, peut déclencher une gêne.

Pourquoi restreindre davantage entretient le problème

C'est la conséquence la plus contre-intuitive, et la raison pour laquelle il faut sortir de cette spirale.

Plus l'alimentation est réduite, plus il devient difficile d'identifier ce qui déclenche. Quand il ne reste que quelques aliments, chaque symptôme résiduel se reporte forcément sur eux, et ils sont retirés à leur tour. Alors qu'en réalité, la cause était souvent la quantité totale, le rythme des repas ou un facteur non alimentaire.

À cela s'ajoutent des conséquences concrètes : un risque de carences, un appauvrissement de la diversité du microbiote intestinal, qui n'aide pas la situation, et une relation de plus en plus anxieuse à l'alimentation.

C'est exactement pour éviter cela que le protocole pauvre en FODMAP prévoit une phase d'éviction courte, suivie d'une réintroduction. L'éviction n'est pas le traitement, c'est une étape de diagnostic alimentaire. Le régime n'est pas fait pour durer.

Sortir de la spirale

Accalmie teste au lieu de deviner

La réintroduction se mène famille par famille, à doses progressives, pour établir ce que vous tolérez réellement et en quelle quantité. C'est ce qui permet d'élargir à nouveau plutôt que de retirer par précaution.

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Ce qui aide concrètement

À signaler à votre médecin : une perte de poids que vous n'avez pas cherchée, une fatigue inhabituelle, du sang dans les selles, ou une alimentation devenue si restreinte qu'elle ne couvre plus vos besoins. Une restriction installée mérite un accompagnement, et il existe des prises en charge adaptées.
Élargir à nouveau

Un bilan pour rouvrir l'alimentation

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Pour aller plus loin

Joshua Delamare, diététicien spécialisé SII et FODMAP
Joshua Delamare
Diététicien-nutritionniste formé par Monash University, spécialisé dans le syndrome de l'intestin irritable et le régime FODMAP. RPPS 10111566450.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic du syndrome de l'intestin irritable relève de votre médecin.