Des patients arrivent en consultation avec une feuille de résultats et une liste de dix ou quinze aliments à supprimer, obtenue après un test acheté entre 100 et 300 euros. Ils ont déjà retiré la moitié de ces aliments, leur alimentation s'est appauvrie, et les symptômes sont toujours là. Voici pourquoi, et ce qui a réellement une utilité.
Ce que mesure vraiment un test IgG
Un test d'intolérance alimentaire dit « IgG » dose des anticorps de type IgG dirigés contre des protéines alimentaires. Le problème n'est pas la mesure en elle-même, qui est bien réelle, mais son interprétation.
La présence d'IgG contre un aliment signale que vous avez mangé cet aliment. C'est une réponse immunitaire normale à l'ingestion d'un aliment, et on en retrouve chez des personnes en parfaite santé digestive. Autrement dit, un résultat « positif » pour le blé indique surtout que vous mangez du blé, pas qu'il vous pose problème.
C'est ce qui explique un phénomène que je vois systématiquement : la liste des aliments « à éviter » correspond de très près aux aliments que la personne consomme le plus souvent.
Les autres tests de la même famille
Le test IgG n'est pas isolé. La formation FODMAP de Monash University liste explicitement les approches à ne pas recommander chez les personnes ayant un syndrome de l'intestin irritable, malgré leur usage fréquent :
- L'analyse du microbiote fécal : aucun profil de microbiote ne permet aujourd'hui de poser un diagnostic ni de décider d'une prise en charge.
- Le dosage fécal des acides gras à chaîne courte.
- Les tests d'intolérance alimentaire aux IgG.
- Les tests d'IgA salivaires.
- Les tests de perméabilité intestinale, souvent vendus autour de l'idée d'« intestin poreux ».
Il faut y ajouter deux étiquettes fréquemment posées et qui n'ont pas de base solide : la candidose chronique comme explication de troubles digestifs, et la sensibilité au gluten non cœliaque telle qu'elle est souvent affirmée sans démarche rigoureuse (voir gluten et FODMAP).
Les examens qui ont une réelle utilité
Ils ne servent pas à trouver des intolérances, mais à écarter une autre maladie avant de conclure à un syndrome de l'intestin irritable. Ils sont prescrits par un médecin, jamais achetés en libre-service.
| Ce qu'on cherche à écarter | Examen |
|---|---|
| Maladie cœliaque | Sérologie sanguine, avec dosage des IgA totales. Biopsie de l'intestin grêle en cas de doute. Attention : il faut consommer suffisamment de gluten avant le test, sinon il peut être faussement négatif. |
| Maladie inflammatoire de l'intestin (Crohn, rectocolite) | Calprotectine fécale comme examen de dépistage clé, puis endoscopie et biopsies si nécessaire. |
| Insuffisance pancréatique | Élastase fécale. |
| Maladie thyroïdienne | Dosage sanguin. |
| Endométriose | Avis spécialisé. La cœlioscopie reste le seul moyen de diagnostic définitif. |
Si vous n'avez jamais eu de sérologie cœliaque ni de calprotectine fécale et que vos symptômes digestifs durent, c'est la conversation à avoir avec votre médecin. Pas un test à commander en ligne.
Alors comment savoir quels aliments posent problème ?
La réponse est décevante et rassurante à la fois : il n'existe pas de prise de sang qui le dise. La seule méthode qui fonctionne est le test méthodique, aliment par aliment, dans des conditions contrôlées.
C'est exactement ce que fait la phase de réintroduction du protocole FODMAP : on teste une famille de sucres fermentescibles à la fois, à doses croissantes, en isolant les autres facteurs, et on observe. C'est plus long qu'une prise de sang, et c'est la raison pour laquelle les tests se vendent aussi bien. Mais c'est la seule démarche qui produit un résultat sur lequel on peut s'appuyer.
Le détail de la méthode est expliqué dans le guide de la phase de réintroduction.
Accalmie structure la phase de réintroduction
Les familles à tester, les doses, les délais entre deux tests, et le suivi des symptômes au jour le jour. La méthode que ne remplacera aucune prise de sang.
Découvrir AccalmieSi vous avez déjà fait un de ces tests
Vous n'avez rien fait de bête. Ces tests sont vendus dans des circuits qui inspirent confiance, avec un vocabulaire médical, et il n'y a aucune raison qu'un patient sache faire le tri. Ce qui compte maintenant :
- Ne réintroduisez pas tout d'un coup. Un intestin habitué à une alimentation restreinte a besoin d'un retour progressif.
- Repartez d'un vrai diagnostic si personne n'a écarté les autres causes.
- Faites-vous accompagner si votre alimentation s'est beaucoup appauvrie, surtout s'il y a un antécédent de trouble du comportement alimentaire.
Un bilan pour faire le tri
Un bilan en visio pour reprendre votre parcours, distinguer ce qui a été utile de ce qui ne l'était pas, et construire une démarche méthodique. Remboursable par votre mutuelle.
Réserver un bilanPour aller plus loin
- Critères Rome V du SII : ce que veut dire votre diagnostic
- Gluten et FODMAP : ce n'est pas la même chose
- SIBO ou SII : quelle différence ?
- SII : les probiotiques sont-ils vraiment efficaces ?