Guide SII · Symptômes

Ventre gonflé comme si j'étais enceinte

Joshua Delamare · Diététicien-nutritionniste, formé par Monash · 7 min de lecture

Le matin, le ventre est plat. Le soir, il faut déboutonner le pantalon, et on vous demande parfois si vous attendez un enfant. Ce n'est ni de la graisse, ni de l'imagination, ni un manque de sport. C'est un phénomène mesurable, qui porte un nom, et dont le mécanisme est mieux compris qu'on ne le croit.

Ce que vous décrivez, précisément

Le tableau est presque toujours le même. Le tour de taille est normal au réveil. Il augmente progressivement au fil de la journée, souvent nettement après le déjeuner, et atteint son maximum en fin de soirée. Le ventre est dur, tendu, parfois douloureux au toucher. Il redevient plat pendant la nuit.

Beaucoup de personnes ont deux tailles de vêtements dans leur armoire pour cette raison. Certaines gardent une robe ample pour les dîners, changent de pantalon en rentrant du travail, ou évitent les vêtements ajustés. Ce n'est pas de la coquetterie, c'est une adaptation à un symptôme réel.

Et il y a la remarque qui blesse, celle sur la grossesse, ou celle d'un proche qui suggère de « faire un peu d'abdos ». Alors que le ventre était plat huit heures plus tôt.

Ballonnement et distension : deux choses différentes

Cette distinction change la façon de comprendre le problème, et presque personne ne la fait.

Le ballonnement est une sensation : celle d'être gonflé, plein, tendu de l'intérieur. C'est subjectif.

La distension est un fait mesurable : le tour de taille augmente réellement, de plusieurs centimètres parfois.

On peut avoir l'un sans l'autre. Certaines personnes se sentent énormément ballonnées sans que leur ventre change de volume. D'autres voient leur ventre grossir de manière spectaculaire sans douleur particulière. Et beaucoup cumulent les deux.

Si votre symptôme principal est visuel, si vos vêtements ne ferment plus le soir, c'est de la distension. Et la distension ne se traite pas exactement comme le ballonnement.

Le mécanisme réel, et il surprend

L'explication intuitive est qu'il y aurait énormément de gaz dans l'intestin. C'est ce qu'on lit partout. La réalité est plus intéressante.

Quand on mesure le volume de gaz intestinal par imagerie chez des personnes qui décrivent une distension importante, ce volume est souvent proche de la normale. Le gaz n'explique pas, à lui seul, un ventre qui prend plusieurs centimètres.

Ce qui explique la distension, c'est la façon dont le corps réagit à ce contenu intestinal.

La réponse normale

Chez une personne sans trouble digestif, quand le contenu intestinal augmente, le diaphragme remonte et se relâche, pendant que la paroi abdominale antérieure se contracte légèrement. Le contenu est redistribué vers le haut, la silhouette ne change presque pas.

La réponse inversée

Chez beaucoup de personnes ayant un intestin irritable, cette coordination fonctionne à l'envers. Le diaphragme se contracte et descend, pendant que la paroi abdominale antérieure se relâche et se projette vers l'avant. Le contenu abdominal est poussé vers l'avant et vers le bas au lieu d'être redistribué.

Résultat : à volume de gaz équivalent, le ventre devient visiblement plus gros. Ce phénomène a été mis en évidence par imagerie et porte le nom de dyssynergie abdomino-phrénique.

C'est une réponse réflexe involontaire, pas un relâchement musculaire dû à un manque d'entraînement. Voilà pourquoi les abdominaux ne changent rien au problème, et pourquoi la remarque sur le sport est doublement injuste.

Et l'hypersensibilité par-dessus

À cela s'ajoute le fait qu'un intestin irritable perçoit la distension à un seuil plus bas. Le même volume produit une sensation de tension plus forte, ce qui déclenche la posture de protection, qui accentue elle-même la projection du ventre. La boucle s'entretient.

Réduire la charge fermentescible

Accalmie, étape par étape

Réduire ce qui fermente dans votre côlon reste le levier le mieux validé sur la distension. Encore faut-il le faire dans le bon ordre, sans tout supprimer. C'est ce que structure le programme Accalmie.

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Pourquoi les conseils habituels tombent à côté

Ce qui aide vraiment

1. Réduire la charge fermentescible

C'est le levier le mieux documenté. Moins de substrats fermentescibles dans le côlon, c'est moins de production de gaz, donc un déclencheur plus faible pour toute la cascade. Le protocole FODMAP en trois phases est l'approche la plus validée pour identifier lesquels vous concernent, sans vous priver de tout à vie. Voir les premiers repères alimentaires.

2. Répartir le volume des repas

Un repas très volumineux distend l'estomac et déclenche une réponse plus ample. Quatre prises modérées produisent moins de distension cumulée que trois repas copieux, à quantité totale identique.

3. Travailler la respiration diaphragmatique

Puisque le mécanisme implique une descente inappropriée du diaphragme, réapprendre une respiration abdominale lente et basse a du sens, et donne des résultats chez une partie des patients. Dix minutes par jour, en position allongée, une main sur le ventre : à l'inspiration le ventre monte, à l'expiration il redescend lentement. Sans forcer.

4. Réduire l'air avalé

Ce facteur est mineur mais gratuit à corriger : boissons gazeuses, chewing-gum, paille, repas pris trop vite, parler beaucoup en mangeant. Aucun de ces éléments n'explique une distension à lui seul, mais ils s'ajoutent.

5. Mesurer, plutôt qu'estimer

Prenez votre tour de taille au réveil et le soir, avec un mètre de couturière, pendant deux semaines. Notez à côté ce que vous avez mangé. Vous obtiendrez une donnée objective au lieu d'une impression, et vous verrez apparaître les journées à forte amplitude. C'est très utile en consultation.

À retenir : si votre ventre gonfle au fil de la journée puis redevient plat la nuit, ce rythme est en lui-même rassurant sur la nature fonctionnelle du phénomène. C'est le gonflement permanent, qui ne varie jamais, qui doit alerter.

Quand consulter sans attendre

Certains signes imposent un avis médical avant toute démarche alimentaire :

Chez la femme, un gonflement abdominal persistant associé à une satiété précoce et à des douleurs pelviennes fait partie des signes qui doivent faire consulter rapidement un médecin, notamment pour écarter une cause ovarienne. Ce n'est pas le cas le plus fréquent, loin de là, mais c'est celui qu'il ne faut jamais laisser passer.

Pour aller plus loin

Joshua Delamare, diététicien spécialisé SII et FODMAP
Joshua Delamare
Diététicien-nutritionniste formé par Monash University, spécialisé dans le syndrome de l'intestin irritable et le régime FODMAP. RPPS 10111566450.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic du syndrome de l'intestin irritable relève de votre médecin.